Bonne année à vous tous et mille excuses pour ce long silence. (Je m'excuse surtout en auto-réponse à mes auto-reproches de laxisme, pour être sincère, vu que je n'ai reçu aucune protestation ni menace de mort en presque un mois. Mais mes lecteurs réguliers étant au moins deux à ma connaissance, il est de bon ton de commencer ainsi à mon sens)
J'ai eu dernièrement (c'est-à-dire hier) une conversation avec une personne de qualité que je nommerai à tout hasard Chose (comprenne qui pourra) et qui depuis me travaille quelque peu (et là j'ai bien envie de faire une parenthèse étymologique sur le sens de cette expression mais je n'ai pas envie de perdre le fil, ce sera donc pour une autre fois). S'il est une chose qui m'a toujours fascinée, c'est bien la connerie. La connerie est pour moi ce subtil mélange de bêtise innée et d'ignorance crasse, mélange qui selon les dosages provoque chez moi des réactions variées allant du simple apitoiement à la véritable colère, en passant par l'incompréhension, le dégoût et la frustration. L'intelligence mène à la tolérance, dit-on.
Vrai. Mais pas pour tout.
C'est là tout le paradoxe de l'intelligence et de la connaissance: si ces deux vieilles dames nous rendent au fur et à mesure qu'on les fréquente de plus en plus réceptifs et perméables aux cultures et coutumes étrangères, aux idées originales, aux points de vues inattendus et pas forcément évidents, bref à tout ce qui suscite naturellement méfiance, suspicion et parfois rejet chez le citoyen lambda moins (et a fortiori chez le con), l'intelligence et la connaissance vous rendent de plus en plus intolérant face aux masses ignorantes, leurs clichés et leurs idées étriquées. L'intelligence rend intolérant à la connerie, parce que plus on avance, plus on sait, et plus on s'énerve parce qu'on ne comprend pas pourquoi les autres ne font pas d'efforts pour voir, pour apprendre, pour comprendre. Plus ça va et moins on se trouve de points communs avec les gens.
Le problème, c'est que même si on veut partager, c'est de plus en plus difficile. Parceque pour peu qu'on dévie de l'opinion de la masse, on est quand même mis de côté, car incompris. Ce qui fait qu'on a tendance à s'isoler, et à se détacher de ces gens avec qui finalement le dialogue n'est pas possible. Plus on en sait, plus on est seul finalement.
Il est vrai aussi que de tout temps et en toute société, les "instruits" on toujours constitué une sorte d'élite. Certains recherchent cet élitisme, ils ont besoin de se sentir élevés au-dessus de la multitude, de se sentir membres d'un cercle restreint. C'est leur choix, mais ce faisant à mes yeux ils discréditent l'intelligence qu'ils se targuent de détenir. Certains se servent de leur savoir comme d'un marchepied, d'autres comme d'une boussole, d'autres encore comme d'un bâton de berger.
Je ne prétends pas révolutionner le monde en disant cela. Bien d'autres l'on dit avant moi, et bien mieux que moi en plus. Voyez Descartes ( "Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont." Le Discours de la Méthode) ou encore Platon et son allégorie de la caverne (http://www.lirecreer.org/biblioparents/nouvelles/platon_la_caverne/p2.htm).
Jésus a dit : "Bienheureux les pauvres d'esprits."
Il a dit beaucoup d'autres choses aussi, mais sur ce coup-là je me demande si je ne suis pas d'accord avec lui parfois. Parce que pendant que je suis là, les cons eux au moins, ils dorment.

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