Mardi 17 janvier 2006

 

Bonne année à vous tous et mille excuses pour ce long silence. (Je m'excuse surtout en auto-réponse à mes auto-reproches de laxisme, pour être sincère, vu que je n'ai reçu aucune protestation ni menace de mort en presque un mois. Mais mes lecteurs réguliers étant au moins deux à ma connaissance, il est de bon ton de commencer ainsi à mon sens)

J'ai eu dernièrement (c'est-à-dire hier) une conversation avec une personne de qualité que je nommerai à tout hasard Chose (comprenne qui pourra) et qui depuis me travaille quelque peu (et là j'ai bien envie de faire une parenthèse étymologique sur le sens de cette expression mais je n'ai pas envie de perdre le fil, ce sera donc pour une autre fois).  S'il est une chose qui m'a toujours fascinée, c'est bien la connerie. La connerie est pour moi ce subtil mélange de bêtise innée et d'ignorance crasse, mélange qui selon les dosages provoque chez moi des réactions variées allant du simple apitoiement à la véritable colère, en passant par l'incompréhension, le dégoût et la frustration. L'intelligence mène à la tolérance, dit-on.

Vrai. Mais pas pour tout. 

C'est là tout le paradoxe de l'intelligence et de la connaissance: si ces deux vieilles dames nous rendent au fur et à mesure qu'on les fréquente de plus en plus réceptifs et perméables aux cultures et coutumes étrangères, aux idées originales, aux points de vues inattendus et pas forcément évidents, bref à tout ce qui suscite naturellement méfiance, suspicion et parfois rejet chez le citoyen lambda moins (et a fortiori chez le con), l'intelligence et la connaissance vous rendent de plus en plus intolérant face aux masses ignorantes, leurs clichés et leurs idées étriquées. L'intelligence rend intolérant à la connerie, parce que plus on avance, plus on sait, et plus on s'énerve parce qu'on ne comprend pas pourquoi les autres ne font pas d'efforts pour voir, pour apprendre, pour comprendre. Plus ça va et moins on se trouve de points communs avec les gens.

Le problème, c'est que même si on veut partager, c'est de plus en plus difficile. Parceque pour peu qu'on dévie de l'opinion de la masse, on est quand même mis de côté, car incompris. Ce qui fait qu'on a tendance à s'isoler, et à se détacher de ces gens avec qui finalement le dialogue n'est pas possible. Plus on en sait, plus on est seul finalement.

Il est vrai aussi que de tout temps et en toute société, les "instruits" on toujours constitué une sorte d'élite. Certains recherchent cet élitisme, ils ont besoin de se sentir élevés au-dessus de la multitude, de se sentir membres d'un cercle restreint. C'est leur choix, mais ce faisant à mes yeux ils discréditent l'intelligence qu'ils se targuent de détenir. Certains se servent de leur savoir comme d'un marchepied, d'autres comme d'une boussole, d'autres encore comme d'un bâton de berger. 

Je ne prétends pas révolutionner le monde en disant cela. Bien d'autres l'on dit avant moi, et bien mieux que moi en plus. Voyez Descartes ( "Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont." Le Discours de la Méthode) ou encore Platon et son allégorie de la caverne (http://www.lirecreer.org/biblioparents/nouvelles/platon_la_caverne/p2.htm).

Jésus a dit : "Bienheureux les pauvres d'esprits."

Il a dit beaucoup d'autres choses aussi, mais sur ce coup-là je me demande si je ne suis pas d'accord avec lui parfois. Parce que pendant que je suis là, les cons eux au moins, ils dorment.

Par Cinizz - Publié dans : cinizzattic
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Vendredi 16 décembre 2005
Il est aux environs de l'après JT et je travaille, assise devant mon pc, comme d'habitude, en train de me prendre la tête sur une obscure traduction. Galopade de pieds nus dans l'escalier, les frères montent se coucher. Petit (5ans-presque-6)  vient me souhaiter bonne nuit, en sautillant à contre-temps et en claquant la langue. Il me colle un gros baiser sur la joue et tandis que je tends les bras pour le hisser sur mes genoux, il me repousse en faisant "Non, non!" Surprise, je l'interroge: "Tu ne veux pas me faire de câlin?" "Si, mais regarde, il y a mon cheval..." Et le voilà reparti au trot, jusqu'à sa chambre.
 L'imagination des gosses dépasse tout. Mon frère avait décidé ce soir-là qu'il irait se coucher à cheval, et par  cette seule décision, le cheval est apparu, pétri de poussière de chimère et de volonté têtue. Ces créations de l'esprit résistent à tout, mais pour peu que la réalité s'en mêle et interrompe le jeu, ils s'effritent et s'évanouissent instantanément, sans laisser de trace. Si j'avais pris mon frère sur mes genoux, ignorante du fait que pour ce faire il aurait d'abord du descendre de sa monture et l'attacher pour ne pas qu'elle s'enfuie, j'aurais cassé le jeu. J'aurai cassé son cheval.
Je me souviens de l'époque où moi aussi je pouvais faire apparaître tout et n'importe quoi, dans ma chambre, dans le salon ou au milieu d'un grand magasin. Il n'existait alors aucune contrainte, spatiale ou temporelle. I was living in a perpetual daydream. Au grand dam de mes parents, qui se plaignaient que je n'avais "jamais la tête à ce que je faisais". La cour de récré connaît ses modes, on joue à certains jeux pendant un temps, puis ils tombent dans l'oubli et sont remplacés par d'autres. Mais le jeu dont je ne me lassais jamais était celui de "On disait que". "On disait qu'on était perdus dans la forêt et alors toi t'arrive et t'es une fée mais on le sait pas, et t'as un dragon mais tu le tiens en laisse et en fait il est gentil, et tu nous invites dans ton château et..." Nous n'étions jamais à court d'imagination. Nous avons vécu ainsi mille aventures, visité mille mondes, et nos périples se poursuivaient bien souvent pendant plusieurs jours, plusieurs épisodes découpés au rythme des récréations. Nul besoin de carte: nous effectuions la topographie dans nos têtes, et à la récréation suivante, nous retournions nous poster à l'endroit même où le dernier acte s'était joué, et l'histoire reprenait.
Il fut un temps où j'avais même une mascotte imaginaire, un petit bonhomme pas plus haut que mon pouce qui m'accompagnait et me distrayait lors des longs et ennuyeux trajets en voiture.
Pas étonnant qu'après tout ça le monde des grands semble si fade. L'imagination est le plus grand pouvoir dont nous disposons. Cultivons-la...
Par Cinizz - Publié dans : cinizzattic
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Lundi 12 décembre 2005
Noël, J-12.

 Désolée de commencer d'emblée comme ça avec un compte à rebours, je sais que ça met un peu la pression, mais c'est pour planter le décor et donner le ton. D'ailleurs c'est inexact. Noël est dans 13 jours. Ce qui s'approche lentement et inexorablement, ce monstre tentaculaire dont la silhouette grossit à l'horizon, de plus en plus menaçante, et qui n'est plus qu'à douze jours de brasse de nos rivages, n'est rien de moins que le Très Terrible Vingt-Quatre Décembre, alias Veille de Noël, alias Christmas Eve, alias La Grosse Bouffe, alias Depression Night, alias mon anniversaire.

Pour des raisons de vieillissement mental (précoce?), d'innocence perdue et de lassitude exacerbée déjà exposées précédemment, la période pré-Noël, si magique et excitante autrefois, a cessé d'exercer sur moi  son annuel et habituel envoûtement. C'est d'un oeil morne que j'ai assisté à la visite éclair de Saint-Nicolas, ce chevalier d’une époque révolue dont j'attendais la venue avec une anxiété à peine descriptible. Les enfants d'aujourd'hui sont d'ailleurs à ce sujet désespérants de perspicacité. Vous connaissez encore beaucoup de gosses de plus de 5 ans qui y croient sincèrement, à Saint-Nicolas? Moi pas, et j'en suis bien triste. Le territoire concédé de nos jours aux héros, légendes et créatures fantastiques et de plus en plus restreint; il ne se passe pas un jour sans que je croise dans les transports en commun ou devant le FOREM  une fée, un super-héros, un saint ou une licorne, avec dans une main un maigre baluchon contenant les reliques de sa gloire passée, et dans l'autre son CV, réinsertion oblige (une société efficace ne tolère pas de déchets ni de désoeuvrés, enfin, en théorie...)

C'est un fait : qu'elles soient païennes ou religieuses, les fêtes qui ponctuent notre calendrier ont aujourd'hui perdu leur saveur et leur sens, de même que la moyenne populaire, en devenant moins crédule, a perdu sa foi. Entendons-nous bien: il ne s'agit pas ici d'une énième apologie de l'Eglise chrétienne, dont la clientèle se fait cruellement rare, ni pour le fan-club Jésus et Cie. Bien qu'élevée, comme beaucoup d'entre nous dans ce pays et sur ce continent, dans un contexte chrétien (et carrément catholique), la sus-nommée n'est ni croyante ni pratiquante (si le premier peut se passer du second, le second a trop souvent tendance à se passer du premier). Simplement, j'aimerais m'interroger ici sur le rapport qui existe entre les mots "foi" et "crédulité". Si les origines divergent, les sens dans une certaine mesure se rejoignent. "Je crois". Aujourd'hui, nous ne croyons plus. Nous sommes sûrs. Tout est quantifié, mesuré, analysé, fouillé, certifié, authentifié. Il n'y a plus de place pour la crédulité, ni pour la foi. Pourquoi faire? Puisqu’on a les moyens de vérifier...Et de ces fêtes truffées de messages et ourlées de rituels, le sens s'est évaporé ; ne restent plus que des comportements acquis, singés de génération en génération, et de plus en plus dilués dans la culture matérialiste d'aujourd'hui: repas pantagruéliques, beuveries, avalanche de cadeaux aussi somptueux qu'inutiles. Le partage, l'attente et la sobriété qui permettaient  de savourer le repas (aussi modeste soit-il) à sa juste valeur, la joie de se réunir, tout cela a disparu. Enfin pas chez tout le monde, j'ose l'espérer.

Je ne veux pas être moraliste, je ne suis pas mieux que les autres, même si j'ai mauvaise conscience.  Mais je me tais et fais bonne figure, au risque de me faire incendier au son de "Tu gâches la soirée de tout le monde" ou de "c'est ton anniversaire, tu pourrais sourire au moins". C'est décidé, l'an prochain, je passerai les fêtes comme bénévole aux Restos du Coeur.

Et un Joyeux Noël à vous.

Par Cinizz - Publié dans : cinizzattic
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Lundi 21 novembre 2005

" First day of my life" - Bright Eyes.

Je ne supporte plus cette chanson. Elle incarne trop bien tout ce en quoi j'ai toujours voulu croire et que j'ai aujourd'hui abandonné, me sentant du coup plus légère mais aussi plus triste et plus vieille. Depuis peu les love songs ne me transportent plus comme elles le faisaient autrefois.  Est-ce un mal, un bien, c'est ainsi.J'ai passé un week-end plus qu'agréable. Néanmoins, j'ai éprouvé une étrange sensation de soulagement en posant les pieds sur le carrelage de ma cuisine. Comme un corset trop serré qui se relâche d'un coup. Home at last. Cela ne m'arrivait jamais avant, mais là j'ai de plus en plus besoin d'être chez moi, dans ma maison,  mes murs, au chaud dans le nucléon familial. L'ennemi s'est délocalisé et désormais, c'est le "dehors" qui m'est hostile. Je n'ai ni raison ni personne précise à pointer et à accuser, c'est juste un phénomène général et surplombant, une nappe de brouillard qui enveloppe toutes les bonnes choses. C'est comme si un déclic s'était fait, provoquant une réaction en chaîne, et les choses se déplacent, ou se remettent en place, les unes après les autres. Le kaléidoscope tourne et les objets forment d'autres images. Est-ce passager ou suis-je vraiment en train de changer et de vieillir? Je suis un peu plus en paix avec mon coeur malade qui ne comprend toujours rien aux mécaniques humaines les plus simples et se perd au milieu des plus complexes, au point d'en être totalement dégoûté et de les fuir. Le mal de vivre est contagieux et les sangsues me font peur. J'ai cessé de chercher. J'affiche vacant, et j'attends le prochain locataire, en espérant juste qu'il viendra avant qu'on ne doive condamner la bâtisse décrépite pour cause d'insalubrité. La figuration a ses avantages: contre une modeste contribution, on peut profiter du spectacle à vie.

Par Cinizz - Publié dans : cinizzattic
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Lundi 14 novembre 2005

Le voisin : Eh t'as vu le carnage qu'il y a encore eu à Paris?

L'oncle:  Ils parlent même d'installer un couvre-feu

Le voisin: Ah ouais  mais c'est fait hein tsé, depuis trois jours déjà! Et franchement moi je dis qu'ils ont bien raison hein, c'est vraiment de la racaille tous ceux-là

L'oncle: Ce serait pour moi, une bombe et on en parle plus...

Le voisin:  Ouais parce que j'ai regardé le débat à la télé hier, et franchement Sarkozy il a bien parlé. Il a raison au fond, Sarkozy...

Moi: ...Heil...

Par Cinizz - Publié dans : cinizzattic
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